Revue littéraire - "L'œil le plus bleu" de Toni Morrison.
- akouaby
- 14 mars 2025
- 4 min de lecture

Toni Morrison appartient à la catégorie d’auteurs que je connaissais de nom, dont j’avais conscience de la grande popularité, et dont certains ouvrages figuraient dans ma liste d’envies depuis des années.
Je me suis finalement procuré son premier roman « l’œil le plus bleu », après être tombée sur un extrait de l’une de ses interviews dans laquelle je l’ai trouvée profonde, sage, et inspirante. Il ne m’en fallait pas plus pour me ruer sur mon site d’achat attitré et le commander !
Je veux d’abord commencer par dire que je n’ai pas été déçue, et que j’ai absolument adoré ce livre.
« L’œil le plus bleu » explore les thématiques liées à l’expérience noire-américaine, et les effets concrets et tangibles de l’esclavage sur la psyché de cette communauté ; plus précisément sur la structure sociale de base, qui est la famille.
Sa lecture est d’autant plus pertinente lorsque l’on réalise que les problématiques qui y sont décrites sont à l’origine de dynamiques sociales qui perdurent.
Cependant, cela ne rend pas la lecture particulièrement complexe, tant le style d’écriture est simple et facile à comprendre, avec un recours maitrisé à des figures de styles évocatrices.
Dans cet ouvrage, Toni Morrison nous dresse un portrait de la famille « typique » afro-américaine, dans les années 1940. Nous avons accès aux points de vue, perspectives, et récits intérieurs de divers personnages, de manière alternée. Ce sont Frieda, Pecola, et les parents Breedlove.
Toutefois, la perspective des personnages enfants prime, et c’est ce qui en fait la force principale, selon moi.
Au fil des chapitres, le lecteur est entrainé dans une exploration des effets de l’esclavage sur la communauté noire américaine, notamment l’expérience de la pauvreté, le colorisme, le rejet, la violence envers les enfants, ainsi que les traumatismes intergénérationnels.
En somme, l’auteure aborde ici la question des diverses manifestations de l’intériorisation de la subjugation des noirs, et les « coping mechanisms », (mécanismes d’adaptation) auxquels ils recourent communément. Selon ma compréhension, elle le fait de deux manières distinctes. Tout d’abord, en présentant ce qu’on voit de manière concrète et directe, et puis ce qui se joue sous la surface, plus subtil.
Comme je l’ai indiqué plus haut, j’ai trouvé très judicieux le choix d’enfants comme personnages principaux, en ce qu’il permet d’appréhender de manière saisissante toute l’injustice et l’absurdité qui caractérisent le racisme. Cela à travers leurs regards, leurs questionnements et leurs réflexions « simples » d’enfants, qui appellent des réponses complexes.
L’on observe donc cette dynamique de dévalorisation des noirs dans une société blanche raciste au travers des rapports qu’entretiennent les trois petites filles noires avec leurs camarades de classe blancs, ainsi que les adultes blancs autour d’eux.
Au-delà des différences qu’elles observent dans leurs rapports avec les adultes et enfants blancs dans leur quotidien, elles voient également ceux qu’entretiennent les adultes noirs de leur entourage avec les blancs, de manière générale.

Évidemment, la vie dans une société foncièrement raciste a des effets que l’on peut observer directement. De même, le livre aborde également le processus d’acceptation et de rationalisation par les noirs de leur « infériorité ».
A cet effet, je trouve que le passage introductif sur la famille Breedlove est brillant.

Tout au long de l’histoire, nous avons accès à des bribes des histoires personnelles des parents de la famille Breedlove: Pauline et Cholly. Venant tous deux de contextes familiaux difficiles, c’est là qu’apparait de manière claire la question des traumatismes générationnels, des blessures que l’on porte et que l’on transmet, ainsi que des mécanismes d’adaptation et de survie, pas toujours sains, qui les accompagnent.
Cela pose avec insistance l’impératif de la guérison comme nécessaire et libératrice dans la quête d’un véritable bien-être. Tous deux souffrant de blessures du passé, ils n’ont pas de moyens d’exprimer et d’extérioriser leurs douleurs. Pour Cholly, c’est l’alcool, tandis que Pauline, elle, se mure dans un sentiment de satisfaction de sa propre vertu, dans lequel elle se conforte, assurée de sa supériorité sur d’autres, notamment son mari.
Ce regard dans le passé familial de ces deux personnages que l’on pourrait à première vue être tenté de fustiger pour leur apparente négligence et inconscience, renforce notre empathie en tant que lecteur, et être humain. En comprenant d’où vient une personne, ce qu’elle a vécu, on est plus en mesure de « rationaliser » ses actes, et donc, de la comprendre.
Et voilà que nous sommes à la fin de cet article. Je souhaitais partager avec vous ma revue sur ce livre qui figure dans la liste de mes préférés depuis que je l’ai lu pour la première fois.
Maintenant, dites-moi : avez-vous déjà lu « l’œil le plus bleu » ou un autre ouvrage de Toni Morrison ? Si oui, lequel ? Sinon, cette revue vous a-t-elle donné envie de la lire ?
Connaissez-vous des romans qui abordent ce type de thématiques, ou qui vous ont déjà fortement émus ?
Dans l’attente de vous lire, je vous dis à très bientôt pour un prochain article !
Akouaby




C’est juste exceptionnel de qualité et de clairvoyance ! J’adore la profondeur d’analyse dont tu as fait preuve et je reste en attente des revues littéraires futures…
Keep going !